Une campagne de 1 million de dollars a été lancée pour trois ans afin de freiner la discrimination, l’intimidation et le harcèlement sur les chantiers de construction au Québec. Six associations patronales et cinq syndicats participent à l’initiative, qui vise à améliorer le climat de travail dans un secteur où les comportements problématiques restent largement tus.
Le coup d’envoi tombe alors que les chiffres donnent la mesure du problème. Selon un sondage Léger mené en 2023, 9 % des travailleurs de la construction, soit plus de 20 200 victimes, ont dit avoir subi de la discrimination, de l’intimidation ou du harcèlement. Dans le même sondage, 61 % des répondants ont dit y avoir été confrontés d’une façon ou d’une autre, et 79 % des victimes et témoins n’ont pas porté plainte. La principale raison invoquée était la peur de représailles ou de perdre leur emploi.
La présidente-directrice générale de la Commission de la construction du Québec, Audrey Murray, a défendu la campagne en disant que « chacun a droit à un climat de travail sain » et que ces comportements sont « aussi répandus qu’inacceptables » sur les sites. Elle a aussi dit que beaucoup de jeunes qui arrivent sur les chantiers vivent un choc culturel, ce qui donne une idée du mur qu’ils rencontrent dès leurs premiers jours. Le message vise autant les mots lancés sur un chantier que les habitudes qui les laissent passer.
Le contexte est celui d’une industrie très homogène, décrite comme étant à 96 % composée d’hommes, où l’isolement des femmes pèse aussi sur d’autres groupes sous-représentés, dont les personnes autochtones et les membres des communautés culturelles. En 2021, une étude demandée par la CCQ avait déjà montré que 7,4 % des personnes ayant quitté la construction disaient l’avoir fait à cause du climat de travail. Autrement dit, la perte de main-d’œuvre ne se résume pas aux salaires ou aux horaires: l’ambiance compte aussi, et elle coûte des travailleurs à une industrie qui a pourtant un carnet de commandes historique.
Reste la faille que la campagne devra combler pour changer les habitudes. Un tiers des entreprises n’ont pas de politiques et de pratiques claires pour traiter les cas de discrimination, d’intimidation ou de harcèlement, ce qui laisse trop souvent les travailleurs sans recours visible. Murray a dit que, dans les cas de violence sur les chantiers, il faut contacter la police. La campagne voudra d’abord faire tomber le silence; elle devra ensuite prouver qu’un secteur habitué à tolérer certains écarts accepte enfin d’en faire un vrai problème de travail.





