Manon étouffe 3 jours de bureau, Fonctionnaire en télétravail
Manon, fonctionnaire montréalais dans la fonction publique québécoise, passe 2h30 à 3h dans le trafic chaque jour de présence pour aller dans une tour de bureaux de la métropole. Une fois sur place, elle passe généralement cinq heures par jour en direct sur Teams avec des collègues qui travaillent de l’autre bout de la 20.
La réduction récente du travail à distance et l’obligation de se rendre au bureau trois jours par semaine créent des situations jugées incohérentes par plusieurs employés. Dans le cas de Manon, la règle transforme une journée de travail en aller-retour long pour refaire virtuellement ce qui se faisait déjà à distance.
Manon et le bureau vide
Manon décrit un présentiel qui ne ressemble pas à un retour vers une équipe réunie. « Le présentiel vise à réduire la fatigue numérique, renforcer la collaboration, améliorer la cohésion, la qualité des relations interpersonnelles et la proximité avec les gestionnaires... Mais dans mon cas, [comme] dans celui de plusieurs employés embauchés depuis la régionalisation, tout mon monde est à distance. Je me retrouve donc seule dans un bureau, à faire exactement les mêmes rencontres virtuelles, mais en étant obligée d’être physiquement présente », a-t-elle dit au Bureau parlementaire.
Ce décalage touche aussi d’autres fonctionnaires régionalisés. Environ 5500 emplois de l’administration publique ont été transférés en région pour renforcer l’occupation et la vitalité économique du territoire québécois, mais la nouvelle règle de présence en personne oblige maintenant certains employés à se déplacer pour participer à des réunions virtuelles avec des collègues dispersés à distance.
Saguenay-Lac-Saint-Jean et routes de campagne
Sarah, fonctionnaire du gouvernement au Saguenay–Lac-Saint-Jean, doit faire plus d’une heure trente de transport chaque semaine pour se rendre dans les locaux du gouvernement. Elle dit qu’elle y va pour faire des réunions Teams. « C’est vraiment du téléprésentiel. Je vais là pour faire des réunions Teams », a-t-elle dit.
Sarah ajoute que son patron ne la force pas encore à venir trois jours au bureau. Si l’obligation s’applique à elle, elle envisage de demander une réduction de son horaire de travail. Elle répond aussi à l’idée du présentiel comme moment social en disant: « Ma vie sociale, je vais être honnête, elle n’est pas au bureau. Les gens qui sont là, ce ne sont pas mes collègues de travail. Je m’en fous un peu de leur existence. Ma vie sociale, elle commence à 16h30, quand je pars du bureau. Je dirais plutôt que ça nuit à ma vie sociale ».
Annie et la régionalisation
Annie a été embauchée après la pandémie pour un poste en télétravail à temps plein. Elle doit désormais arpenter les routes de campagne pour venir travailler dans un édifice gouvernemental régional sans imprimante ni wifi. Son cas montre la friction la plus nette dans cette politique: des postes conçus autour du télétravail se retrouvent rattachés à une présence physique qui ne change pas la façon dont les équipes collaborent.
La suite attendue tient à l’application concrète de l’obligation de trois jours par semaine. Pour Sarah, l’enjeu immédiat est de savoir si elle restera sous le seuil actuel de présence ou si son horaire devra changer; pour Manon et Annie, la contrainte déjà visible est le temps perdu sur la route pour s’asseoir dans un bureau et rejoindre des collègues qui demeurent à distance.