Québec Lapresse: 370 000 urgences quittées sans médecin en 2025-2026
lapresse — Près de 370 000 Québécois ont quitté les urgences sans voir un médecin en 2025-2026. Ces départs sans consultation représentent 10,2 % des patients qui se sont rendus aux urgences au Québec, et environ 66 000 de ces patients sont revenus dans un délai de 48 heures.
Le chiffre le plus préoccupant vient des cas plus pressants: près de 30 % des patients qui sont partis des urgences étaient des cas urgents ou semi-urgents en 2024-2025. Pour le Dr Gilbert Boucher, ce phénomène est un « fléau » qui s’est aggravé depuis deux ou trois ans.
Québec et les départs P2 P3
Le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec, dit qu’« il y a beaucoup plus de départs de P2 et P3 » depuis deux ou trois ans. Il a ajouté: « Ça nous inquiète. »
Selon le Dr Gilbert Boucher, plusieurs urgences de Montréal ont désormais un protocole pour ces patients. Une infirmière révise leur dossier et les résultats des tests sanguins déjà effectués, puis un médecin décide si l’urgence doit rappeler le patient ou même joindre la police, dans des situations comme une douleur thoracique avec des résultats déjà disponibles.
Axton Corrot à l’hôpital Papineau
L’exemple d’Axton Corrot montre ce que ce décalage peut produire sur le terrain. En mars 2025, sa mère, Leslie Corrot, l’a amené à l’hôpital Papineau, à Gatineau, après deux jours de fièvre à 40 degrés; après plus de neuf heures d’attente, Leslie Corrot est repartie à la maison avec son fils sans avoir vu de médecin.
Durant la nuit, la fièvre d’Axton Corrot est montée à 41 degrés. Le lendemain matin, Leslie Corrot s’est rendue avec lui aux urgences de l’hôpital de Wakefield, où il a été vu par un médecin en une heure, puis envoyé en urgence au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario.
Wakefield et le Centre hospitalier
Le médecin a orienté Axton Corrot vers un diagnostic de leucémie lymphoblastique aiguë. Dre Marie-Maud Couture, présidente de l’Association des médecins d’urgence du Québec, a dit que « depuis la pandémie de COVID-19, il arrive plus souvent qu’il n’y ait plus de civières pour accueillir [des P2 et P3] », une pression qui place les urgences devant des patients urgents sans place immédiate pour les recevoir.
Dans ce contexte, le retour de 66 000 patients dans les 48 heures montre que de nombreux départs ne règlent rien au premier passage. Pour une famille comme celle de Leslie Corrot, la différence entre neuf heures d’attente à Gatineau et une heure à Wakefield a tenu à la capacité de voir un médecin avant que l’état d’Axton Corrot ne se dégrade davantage.
Les urgences de Montréal appliquent déjà un protocole à ces départs, avec révision du dossier et des tests par une infirmière puis arbitrage médical. Le point suivant, pour les patients P2 et P3 concernés au Québec, est donc moins un calendrier qu’un tri plus serré: rester assez longtemps pour être vu, ou partir et compter sur un rappel rapide si l’équipe juge le dossier assez inquiétant.